Rohingyas: Une minorité oubliée

Le 12 Novembre 2015, après plusieurs jours de décomptes de votes, le parti LND, présidé, Aung Saun Suu xi, figure historique de la lutte pacifique Birmane obtient la majorité. Après près de 40 ans de règne de la junte militaire, cette élection , comparé par beaucoup à l’arrivée au pouvoir de Nelson Mandela en 1990 en Afrique du Sud, devait mettre un terme définitif au chaos régnant en Birmanie, signifiant la fin du pouvoir intégral de la junte militaire. Surtout, l’arrivée au pouvoir de celle qui fut élu  prix nobel de la paix en 2012 devait signifier pour les Rohingyas, minorité musulmane Birmane persécuté depuis près d’un siècle , une trêve, marqué par l’orientation du futur gouvernement vers le respect des droits de l’homme.  Un an et demi plus tard, le constat est sans appel, la situation ne s’est pas amélioré ou très peu et les Rohingyas restent à ce jour la « minorité la plus persécuté du monde ».

Les Rohingyas, implantés dans l’État d’Arkane depuis le milieu du XVe siècle sont historiquement considérés comme des traîtres, ne méritant aucune considération dans un pays à majorité bouddhiste où l’antagonisme envers les musulmans est aujourd’hui encore très fort. L’immigration des Rohingyas et leur implantation sur le territoire Birman s’est notamment effectué durant le règne colonial Britannique sur la Birmanie, les Anglais encourageant leur émigration afin de faciliter le développement d’une main d’oeuvre. Les persécutions envers les Rohingya datent déjà du 18e siècle quand les Birmans envahissaient l’état d’Arkane pour empêcher toute esprit de rébellion. Cette période a notamment été marqué par des massacres d’une très grande ampleur envers les populations civiles.

La colonisation Britannique a ainsi été vue par de nombreux Rohingyas comme un salut, qui se concrétisa pendant la seconde guerre mondiale à un soutien explicite des Rohingyas aux Britanniques contre les indépendantistes Birmans A l’issue de l’indépendance Birmane en 1948 et l’annexion de l’Arakan, des milliers de Rohingyas ont été contraint à la fuite afin de ne pas subir les persécutions. Après la prise de pouvoir de la junte Birmane en 1988, celles ci ont empirés, se transformant parfois en nettoyage ethnique. Les Rohingyas sont également considérés aujourd’hui par les autorités comme des immigrants clandestins ne méritant en aucun cas la citoyenneté Birmane , alors même que leur présence sur le territoire d’Arkane remonte pour beaucoup à une période antérieure à 1948 et le rattachement de cette région à la Birmanie.

Chaque incident est le prétexte pour une vague de répressions de la part des autorités Birmanes. En 2012, un viol d’une jeune Birmane par des Rohingyas avait justifié les exactions commises ensuite (viols, meurtres). Récemment, l’attaque d’un poste frontière par un groupe supposé de Rohingyas a de nouveau servi de justification d’exactions, un épisode étant même posté sur les réseaux sociaux.

Un rapport des Nations Unies datant de février dernier faisait ainsi état d’exactions aussi préoccupantes les unes que les autres. Le rapport réunissait des témoignages de près de 200 survivants Rohingyas victimes de persécution.  On peut ainsi trouver dans ce rapport le témoignage d’une mère, racontant comment sa fille de cinq ans, tentant de la protéger d’un viol, fut massacré devant ses yeux à l’arme blanche pendant qu’un autre témoignage faisait état de la mort d’un bébé de huit mois pendant le viol de sa mère par cinq officiers.

Les Nations unes n’hésitent pas à qualifier aujourd’hui de génocide cette situation, dans laquelle l’implication des autorités Birmanes ne fait plus aucun doute. Le génocide est aujourd’hui considéré comme une norme universelle de « Jus Congens », qui signifie que aucun Etat n’est en droit aujourd’hui, malgré le principe d’autorité souveraine dont il bénéficie de contrevenir à de telles normes dites universelles.

Empêtré dans des difficultés inattendues depuis son arrivée au pouvoir (réformes économiques floues, promesses non tenues)), Aung Saung Su xi déroge également à son rôle de prix nobel de la paix, qui devait assurer la garantie de l’intégrité des peuples. Son discours envers les Rohingyas a ainsi considérablement évolué depuis l’arrivée de son parti au pouvoir en 2015. La réalité de la situation Birmane, qui laisse derrière l’apparente démocratie une importante marge de manœuvre à la junte militaire lui empêche il est vrai, de gouverner de manière autonome et limite son pouvoir d’action. La Lady a néanmoins été très critiqué par la communauté internationale après un interview avec la BBC le mois dernier, dans lequel elle refusait d’admettre l’existence d’un nettoyage ethnique, malgré les nombreux témoignages accablants. La voix du « laissez faire », dans laquelle semble s’engouffrer l’ancienne prix nobel ne devrait en rien arranger la situation. La peur de se mettre à dos une grande partie de la communauté bouddhiste et la recherche d’un compromis.  La reconnaissance de « massacres » en Janvier dernier ainsi que la dissolution annoncé le 24 mai du mouvement bouddhiste extrémiste Ma Bah Tha coupable de meurtres ciblés envers la communauté Rohingyas peut être vu comme un premier pas vers la recherche d’une paix durable, mais un long chemin reste à faire.

La Birmanie est également de plus en plus exposé sur la scène internationale, subissant des pressions à répétition de la part de pays à majorité musulmane.

Les Nations Unies, sous l’égide du Conseil des Droits de l’Homme, devraient entamer l’année prochaine une enquête approfondie sur la situation des minorités musulmanes persécutes, afin de réunir de nouveaux éléments accablants pour le régime Birman.

Le nombre de déplacés a atteint un seuil critique tout au long des derniers mois,92,000 Rohingyas étant dans cette situation pour cause de violence durant le seul mois de Janvier 2017.

Les réactions internationales tardent à venir et la Birmanie a plus souvent été cité ces derniers temps pour sa soi-disant transition démocratique réussie que pour ses exactions envers ses minorités musulmanes.

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