Le Congo au bord de la guerre civile

La République Démocratique du Congo, ancienne colonie Belge devenue indépendante en 1960 aura été au cœur, depuis cinquante ans d’une des plus importantes zone de conflit en Afrique, devant faire face plusieurs types de conflit, notamment dans le cas de la deuxième Guerre du Congo en 2003, l’un des conflits les plus meurtriers de l’après guerre en Afrique.

Malgré une stabilité apparente, principalement depuis la tenue d’élections démocratiques en 2006, le Congo traverse aujourd’hui une crise politique sans précédent, le mandat de Joseph Kabila se transformant en véritable dictature tandis que le soulèvement de groupes de rebelles tout autour du territoire rappelle la fragilité de ce pays.

Sur la seule année 2016, la RDC a eu un plus grand nombre de déplacés que la Syrie ou l’Irak. Selon le Internal Displacement monitoring center, les chiffres s’éléveraient à près de 966000, tandis que les Nations Unis parlent aujourd’hui de plus d1 millions de déplacés en Mai 2017.

La situation est critique et beaucoup d’observateurs anticipent la tenue d’une guerre civile, ce qui en réalité sur le terrain semble déjà être le cas. Joseph Kabila, actuel président du Congo est arrivé au pouvoir en 2001, remplaçant son père à la tête du pays. En 2006, la cour suprême Congolaise lui octroie le titre de président le la République congolaise après sa victoire au second tour, lui conférant une légitimité.

En réalité, l’élection de Joseph Kabila, qui promettait une transition démocratique a été ensuivi par une multitude de promesses non tenues, une augmentation de la corruption ainsi qu’un renforcement de la répression.

On trouve ainsi dès l’élection de Kabila en 2006 un phénomène de corruption généralisé, s’étendant à toutes les fonctions officielles où les dirigeants nommés cherchent avant tout à s’accaparer un maximum de ressources en très peu de temps. Dans le même temps, les pratiques de népotisme et de Tribalisme mis en œuvre par le président Kabila, qui impliquent une immunité pour ses proches et des attributions de postes octroyés à des personnes directement choisis par lui s’est considérablement développé. Le détournement d’argent, manipulations politiques et constitution d’un patrimoine familial gigantesque au cours de cette période rappelle les pratiques des dictateurs Africains de la seconde moitié du XXe siècle. Les Bannissements de la presse du palais politique, l’élimination d’opposants politiques (Moise Chapwe poussé à l’exil)ainsi que la création de milices de polices spéciales ont confirmé la tendance paranoïaque du président Congolais.

En 10 ans, même si l’on note une relative augmentation du niveau d e vie dans le pays, le mandat de Kabila n’aura pas atteint les promesses escomptés. Le pays restait en 2013 186e au rang de l’IDH, les améliorations du niveau de vie n’étant que effective dans certains territoires urbains, tandis que de nombreuses zones notamment dans la région du Kasai restent toujours en 2017 délaissés et mal administrés par le gouvernement, instaurant un climat propice à la rébellion.

Joseph Kabila est également empêtré désormais dans une crise politique sans précédent, ne pouvant plus tirer sa légitimité des urnes. En effet, l‘article 70 de la Constitution du pays, datée de 2006, stipule que le Président de la République est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Dans une situation comparable à celle de la Cote d’Ivoire en 2006 ou Laurent Gbagbo avait contesté la tenue d’élections, Kabila refuse de quitter aujourd’hui le pouvoir. Le président Congolais a tenté par tous les moyens de s’accrocher à son poste, annonçant un nouveau gouvernement avec un premier ministre issu des rangs de l’opposition afin de mettre fin aux contestations. Pour cause de manques de moyens financiers, la commission électorale a annoncé le 20 août 2016, que l’élection présidentielle ne pouvait pas se dérouler avant juillet 2017, laissant le président actuel encore au pouvoir au moins quelques mois, laissant perdurer une situation déjà chaotique.

La légitimité de Kabila est aujourd’hui de plus en plus contesté par cet événement, d’autant que sa réélection en 2011 avait déjà été entachée d’irrégularités.

Les tentatives d e conciliation menées tout d’abord par l’Union Africaine puis par l’église catholique ont abouti à une impasse, le Rassemblement s’estimant lésé et appelant au départ de Kabila.

Ces événements politique sont conduit à affaiblir un peu plus la légitimité d’un régime et surtout révélé les failles de la société Congolaise. Dans le Nord du pays, des protestations et contestations massives ont eu lieu après que les autorités locales aient été accusés de couvrir un meurtre. Dans la capitale Kinshasa, les manifestations sont désormais quotidiennes et auraient provoqués des dizaines de morts, le régime accusant l’opposition d’inciter à la rébellion.

Surtout, le Congo est aujourd’hui en proie à des affrontements armés dans la région du Kasai, où la situation a atteint un point critique, les groupes rebelles contrôlant d’importantes parcelles de territoires devenus quasi inaccessibles.

L’assassinat de Ksamina Naspu, chef sécessionniste rebelle par les forces de police Congolaises l’été dernier a déclenché une rébellion massive dans le Sud du pays, de nombreuses « milices » se constituant contre le pouvoir central, rappelant les tactiques du RUF en Sierra Leone.

Front ceint d’un bandeau rouge, armés de machettes , les milices révolutionnaires auraient procédés au recrutement de centaines d’enfants soldats, ciblant les agents de l’État et leurs symboles (écoles, prisons, églises, commissariat). Malgré les tentatives d’accord de paix amorcé par le régime de Kabila, la situation perdure. Récemment, deux agents mandatés par les Nations unies ont été assassinés par des milices Ksaminas, signe d’une élévation de la violence du conflit.

Les Organisations internationales présentes sur place font état de prêt de 800 morts sur l’année écoulé, plus de 40 fosses communes ayant été recensé par les Nations Unies. La contestation émise contre Kabila pourrait également pousser de plus en plus de Congolais à joindre les rangs des milices du kasai, notamment dans la province où l’État central est aujourd’hui, quasi inexistant.

Ce climat de violence, jamais vu dans le pays depuis la guerre de 1998 fait resurgir de vieux démons du passé, comme l’éventualité de crimes ethniques commis par les milices. En effet, certains politiques locaux assimilent les miliciens Kwamina Nsapu à une insurrection Lupa (minorité ethnique Congolaise). Plusieurs témoignages établis ces derniers mois ont fait état de volonté manifeste chez les Kwamina d’épargner les « Lupa » dans les massacres et d’éliminer d’autres groupes ethniques.

Le 19 avril dernier, des affrontements inter communautaires auraient causés la mort de 20 personnes, principalement issues de la communauté Chowe-Pende près de Tshikapa selon l’ONU. Ainsi, au-delà du clivage forces gouvernementales rebelles, les tensions ethniques du passé pourraient ressurgir du fait de ce climat de violence.

Surtout, la situation chaotique à Kinshasa et l’état désastreux de l’administration Congolaise pousse un nombre de plus en plus importants de civils à joindre les groupes rebelles et à s’opposer contre Kabila, dont la légitimité et popularité est aujourd’hui au plus bas, laissant présager la possibilité d’une guerre civile si la situation perdure d’ici la fin de l’année.

 


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