Inde-Pakistan: Un conflit qui perdure

Depuis près de cinquante ans et leur partition en 1947, l’Inde et le Pakistan se livrent des affrontements sans merci, marqué par plusieurs conflits armés, dont le dernier s’est conclu par un cessez le feu en 2006. Malgré une situation officieuse de stabilité et de paix dans la région, les deux pays continuent de s’affronter par voies interposés, revendiquant notamment chacun la pleine souveraineté sur la région du cachemire, donnant lieu à des affrontements interposés.

En 2017, de nombreux observateurs envisagent l’imminence d’une escalade des tensions, les deux dernières années ayant notamment été marqués par de multiples incidents frontaliers. Dernièrement, un soldat Indien accusé d’espionnage a été condamné à mort par une cour martiale Pakistanaise, provoquant immédiatement une réaction de New Delhi, qui accuse aujourd’hui Islamabad d’avoir instrumentalisé cette affaire en capturant le soldat en question sur le territoire Iranien .

Le conflit Indo Pakistanais fête cette année ses 60 ans. Autrefois pleinement intégré à la péninsule Indienne, le Pakistan a été déclaré territoire autonome en 1947, les Britanniques choisissant de lui conférer par référendum le choix de l’indépendance , qui sera effectué dès 1947. L’antagonisme entre les deux pays est surtout visible par les divisions religieuses qui les caractérisent. Tandis que l’Inde est encore aujourd’hui un pays à majorité Hindouiste (environ 80%) de la population, le Pakistan abrite l’une des plus importantes communautés musulmanes du monde. L’Islam y est omniprésent, s’immisçant régulièrement dans la vie politique (interdiction du blasphème, prohibition de l’alcool).

Surtout, la religion musulmane a été à l’origine de l’indépendance du Pakistan notamment à l’instar de penseurs comme Mohamed Iqbal , forgeant l’identité Pakistanaise sous la bannière de l’Islam et contre l’oppresseur Hindou.

Cet antagonisme politique et religieux est notamment très visible dans la région du Cachemire, principale zone de tension Indo Pakistanaise.

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Le Cachemire, territoire à majorité musulmane situé à la frontière Nord de l’Inde est revendiqué par les deux pays, chacun contrôlant aujourd’hui de facto une portion de territoire. Les accords de 1949 mettant fin à la première guerre indo Pakistanaise confèrent à chaque pays une partie de souveraineté sur la région, dont une part de territoire est également contrôlé par la Chine. L’Inde continue de réclamer l’intégralité du Cachemire historique, à savoir l’Aksai Chin, la vallée de Shaksgam, le Gilgit-Baltistan et l’Azad Cachemire en plus des territoires qu’elle contrôle déjà.  Le Pakistan revendique lui de son côté le Jammu-et-Cachemire contrôlé par l’Inde.

La question de la religion est très importante dans cette partie du territoire, où le Pakistan appelle depuis 1949 à l’autodétermination du cachemire Indien et pousse à la tenue d’un référendum, ce que New Delhi a toujours refusé. Islamabad voit en effet dans cette province à majorité musulmane un territoire partie de l’Oumma et appartenant de facto au Pakistan, remettant en question depuis 1949 la souveraineté effective qu’y exerce l’Inde. 

Le Cachemire est aujourd’hui l’une des zones les plus militarisés du monde, l’Inde y déployant une part importante de ses troupes militaires et y exerçant une souveraineté sans relâche.  Le gouvernement Indien cherche à protéger ses positions, refusant le règlement du conflit sur la scène internationale.

Les tensions sont aujourd’hui à leur comble, le Cachemire étant en proie à e nombreuses manifestations, contestations et revendications d’indépendance, instaurant un climat de violence permanent dans la région. En 2016, suite à la mort du séparatiste Burhan Wani , des manifestations éclatent, provoquant la mort de près de 70 civils, des milliers d’autres étant blessés.  New Delhi veut absolument garder le contrôle sur cette portion de territoire où elle possède d’importantes ressources naturelles et craint de devoir céder sa souveraineté sur la région au Pakistan ou à la Chine.

Pays historiquement décentralisé entre de nombreuses tribus et minorités ethniques, l’Inde craint également que l’escalade d’un conflit dans le Cachemire pourrait provoquer d’autres velléités indépendantistes dans le reste du pays, ce qui explique en grande partie cette volonté d’étouffer les revendications dans le Cachemire. Récemment, les autorités du Cachemire Indien ont annoncé la fermeture des réseaux sociaux afin de maintenir l’ordre public. Pour Same Mohiuddin, le rédacteur en chef du journal The Legitimate à Srinagar, « cette interdiction semble moins destinée à restaurer la paix qu’à occulter les critiques qui visent les forces de sécurité ».

Le Cachemire est encore aujourd’hui la clé du conflit Indo pakistanais, Islamabad appelant ouvertement à l’autodétermination de la population musulmane, dont une grande majorité éprouve un antagonisme profond envers le gouvernement Indien. A la suite de nouvelles exactions commises cette semaine par les forces de police Indiennes dans la région, le conseiller diplomatique du premier ministre Pakistanais, Sartaj Aziz a une nouvelle fois demandé à la communauté internationale d’intervenir dans le conflit afin de mettre un terme à la répression, rappelant également le droit à l’autodétermination pour la population musulmane du Cachemire.

Le Pakistan pense notamment que l’Inde tente de remettre en cause la majorité Musulmane qui subsiste dans la région et nuit au principe d’autodétermination des peuples, notamment en démontrant qu’il existe un antagonisme envers la religion musulmane.

L’implication d’Islamabad dans le conflit au Cachemire ne fait aujourd’hui plus aucun doute, de nombreux groupes de manifestants se voient octroyés des fonds par le gouvernement Pakistanais, tandis que de nombreux incidents frontaliers impliquant les deux pays se produisent régulièrement dans la région. Ainsi, les soldats Indiens se voient régulièrement attaqués par des « milices » officiellement non affiliés à Islamabad, mais dont les autorités de New Delhi accusent d’être lié au Pakistan. Jaish-e-Mohammad, une organisation terroriste affilié à Al quaida qui serait soutenu par le Pakistan a ainsi été accusé par les autorités Indiennes d’avoir participé aux attaques frontalières du 20 septembre dernier, où plus de 20 soldats Indiens avaient été tués. De telles suppositions avaient déjà été émises après les attentats de Bombay en 2008 qui avaient causés la mort de 183 personnes, même si aucun lien n’a finalement pu être trouvé entre le gouvernement Pakistanais et Indien.

Le Pakistan chercherait selon l’Inde a déstabiliser de l’intérieur la province du Cachemire Indien afin d’affaiblir le gouvernement Indien dans la province, qui éprouve de plus en plus de difficultés à contenir les mouvements séparatistes, la région étant également en proie à une importante pénurie d’eau, renforçant encore un peu plus l’antagonisme des populations du Cachemire Indien.

De son côté, le gouvernement de Modi a récemment annoncé avoir apporté son soutien aux séparatistes du Balouchistan, provinces Pakistanaise , les régions Baloutches concentrant de nombreux mouvements séparatistes soutenant les Talibans et cherchant l’autodétermination.

Des frappes chirurgicales auraient également été menées fin 2016 en représailles des attaques contre les soldats Indiens, tuant selon Islamabad deux soldats Pakistanais.

Une Nouvelle Guerre Froide

Les contours du conflit Indo Pakistanais rappelle ainsi grandement les stratégies des grandes puissances américaines et Soviétiques durant la période 1945-1991. L’antagonisme est profond et les tensions régulières, chacun tentant de nuire à son adversaire par tous les moyens possibles en limitant au maximum les signes d’une déclaration ouverte de guerre.

L’Inde a ainsi récemment fait valoir sa volonté à la suite de l’attaque sur ses soldats de maximiser » le volume d’eau utilisé par l’Inde, de part l’accélération de la construction de nouvelles centrales hydroélectriques sur le cours de trois rivières qui passent au Pakistan. Cela induit évidemment une mesure de rétorsion non violente, que le Pakistan considère comme une remise en cause du traité sur l’Indus, qui régule les partages des eaux frontalières entre les deux pays.

Il faut également rappeler que, respectivement depuis 1974 pour l’Ide et 1998 pour le Pakistan, les deux États sont détenteurs de l’arme nucléaire, rendant leur affrontement encore plus préoccupant pour la communauté internationale.

L’escalade des tensions ne fait ainsi plus aucun doute, les relations entre les deux pays étant aujourd’hui au plus bas depuis l’accord de 2003, mais la nouvelle donne de la communauté internationale et le recours croissant au multilatéralisme pourrait obliger les deux pays à recourir à un compromis. Contrairement aux États Unis et à l’URSS au temps de la guerre froide, l’Inde et le Pakistan ne sont pas aujourd’hui des superpuissances, la Chine faisant plus figure aujourd’hui de principal acteur de la région possédant un réel pouvoir d’influence. La Chine a d’ailleurs récemment apporté son soutien au Pakistan dans ce qui semble être une alliance de circonstance, visant avant tout à empêche le développement de l’Inde. L’arrivée d’un tel acteur aux côtés d’Islamabad pourrait notamment permettre d’aboutir à un gel des positions et une diminutions des velléités expansionnistes pour les deux pays, le Pakistan étant désormais loin d’être isolé sur la scène internationale malgré les actions de l’Inde dans ce sens .

Les intérêts économiques, particulièrement dans le cas de l’Inde pourrait également prévaloir et forcer à un règlement pacifique des tensions, notamment en cas d’éventuelles sanctions.

En 1998, les essais nucléaires dans la région avait conduit à d’importantes sanctions nucléaires pour les deux pays, démontrant un important pouvoir de persuasion de la part de la communauté internationales.

Dates

Août 1947 Démantèlement de l’Empire britannique des Indes. Partition sanglante du sous-continent, divisé en deux États: l’Inde et le Pakistan.

1947 Face à la menace d’une invasion pakistanaise, le dernier prince du Jammu-et-Cachemire obtient le soutien militaire de l’Inde en échange de l’accession du Cachemire à l’Union indienne.

1949 L’ONU impose la ligne de contrôle entre les deux camps.

1965 Deuxième guerre indo-pakistanaise.

1971 Troisième guerre indo-pakistanaise. Indépendance du Bangladesh (ex-Pakistan oriental).

1999 Conflit de Kargil: des soldats pakistanais franchissent la ligne de contrôle.

2003 L’Inde et le Pakistan signent un cessez-le-feu.

2016 : Nouvelles tensions dans le Cachemire après la mort d’un leader séparatiste

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