Etat des lieux de la diplomatie française (1/5): La France, nouvelle locomotive de l’UE

De 2012 à 2016, l’Union Européenne aura traversé probablement l’une des plus difficiles périodes de sa jeune histoire, faisant face à une multitude d’avènements et de crises (Flux migratoire, Syrie, Brexit, Crise Grecque..) amenant à une profonde réflexion sur le projet Européen. A peine élu, Emmanuel Macron hérite d’un important challenge, qui passera avant tout par la consolidation de la coopération franco-allemande.

Le quinquennat de Francois Hollande a néanmoins permis de réaffirmer la puissance francaise au sein de l’organisation.                                                                                         Car, Même si ’Allemagne reste la principale puissance économique de l’Union Européenne (troisième économie mondiale) , la France fait figure en 2017de locomotive diplomatique régionale. En tant que troisième réseau diplomatique du Monde, des capacités d’actions extérieures que seule la Grande Bretagne peut lui contester (30000 militaires déployés mobilisables dans le cadre du programme d’action OPEX), l’Hexagone devrait encore voir son rôle augmenter après le Brexit, prévu fin 2018.

A compter de cette date, la France sera la seule puissance nucléaire de l’organisation et, plus important, le seul pays disposant d’un siège de membre permanent au sein du conseil de sécurité des Nations Unies.

La France moteur et instigateur de la politique étrangère européenne

Entre 2012 et 2017, le mandat de François Hollande aura notamment été marqué par un important déploiement des troupes françaises à l’étranger, la France intervenant en Afrique dans le cadre de l’opération Barkane et l’opération Serval au Mali après 2014, tout en augmentant sa présence en Asie et au Moyen orient. A l’issue des attentats du 7 Janvier, le gouvernement a notamment annoncé un déploiement importants de forces militaires à l’étranger, notamment en territoire Syrien afin de lutter contre l’Etat Islamique.

Loin de se cantonner à des actions unilatérales et souhaitant profiter des moyens d’actions proposés par l’Union Européenne, le président français aura dans ce cadre  été l’investigateur à plusieurs reprises d’un renforcement du multilatéralisme et de la constitution d’une diplomatie Européenne, impliquant notamment l’Allemagne.

Lors de son discours sur l’état de l’Union de septembre 2016, le président de la commission Européenne, Jean-Claude Juncker déclarait « L’Europe ne peut plus se permettre de dépendre de la puissance militaire d’autre pays ou de laisser la France défendre son honneur  au Mali ». La création après le traité de Lisbonne en 2009 d’un SEAE (service européen pour l’action extérieure) avait notamment été vu comme un premier pas afin de renforcer la diplomatie de l’Union Européenne. Autrefois simplement une union économique, l’Union européenne vise aujourd’hui de plus en plus  à mettre en place une diplomatie commune.

L’homogénéité du continent Européen, bien plus importante qu’au seins des Nations unies permet d’envisager une coopération plus poussée entre les pays, la France jouant un rôle très important dans ce processus. Le premier contingent d’experts détachés au sein du SEAE est d’ailleurs issu de la diplomatie française. Loin d’être essentiellement focalisé sur la coopération entre les « gros », la France a également, à partir de 2012 envisagé une alternative au couple Paris Berlin, tentant d’intégrer les pays du Sud, notamment par la poursuivre de l’Union pour la Méditerranée.

Malgré les désaccords certains des 28 États membres, l’UE est rapidement parvenu à aboutir à une diplomatie commune sur de nombreux sujets, les divergences apparues dans le cadre de l’intervention Française en Libye en 2011, notamment Franco Allemandes étant dépassés par de nouveaux enjeux.

Le seuil critique atteint par les attentats terroristes, qui auront touchés au cours du mandat de François Hollande la France, La Suède, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Norvège ou encore la Belgique ont sans aucun doute joué un rôle très important dans la constitution d’une diplomatie commune.

A la suite des attentats de 2015, la France a ainsi lancé un appel à la solidarité, invoquant l’article 42,7 du traité de Lisbonne qui stipule l’octroi d’une aide militaire. Cette démarche inédite a notamment été suivie par l’envoi de plusieurs centaines de troupes Allemandes au Mali afin de venir en soutien à l’opération Barkhane (les soldats allemands sont intervenus dans le cadre de l’opération des Nations Unies).

Dans la continuité de cette opération de déploiement à l’étranger,  Livre blanc Allemand de la défense, présenté en Juillet 2016 , premier depuis 10 ans annonce le recrutement par l’Allemagne de plus de 10000 soldats, le passage du budget Allemand passant de 34 à 40 milliards d’euros au cours des cinq prochaines années.

On voit ici que, si les divergences entre les deux pays perdurent notamment sur le plan économique, la France et l’Allemagne sont parvenus sous le mandat de Francois Hollande à mettre en place une activité militaire commune, suivie par la grande majorité des pays de l’Union Européenne.

La France s’est également affirmé au cours des cinq dernières années comme un acteur incontournable sur la scène diplomatique, s’octroyant un rôle de médiateur particulièrement visible dans le conflit Ukrainien, toujours en coopérant avec ses plus proches partenaires, dont l’Allemagne. La création du format Normandie au cours de l’année 2016 a notamment permis d’aboutir à un dialogue entre la Russie et l’Ukraine, la France et l’Allemagne jouant un rôle très important de médiateur. La ligne Européenne a également suivi sans discontinuité la position française, qui impliquait une levée des sanctions qu’en cas de mise en œuvre complète des accords de Minsk.

La COP 21 et la réaffirmation de la France sur la scène internationale

L’organisation et le succès de la Cop 21 (conférence sur le climat) qui s’est tenue à Paris du 30 Novembre au 12 Décembre 2015 aura sans doute été l’aboutissement du quinquennat de François Hollande, démontrant une nouvelle fois la place qu’occupe aujourd’hui la France sur la scène internationale.

Comme le démontre le ministre des affaires étrangères dans son livre « 37 quai d’Orsay », l’organisation et la bonne tenue de la COP 21 faisait partie des priorités du gouvernement socialistes. Si les engagements et leurs applications restent à démontrer , la ratification de l’accord par la quasi totalité des États de la planète illustre l mise en place d’un accord multilatéral unique, qu’aucune COP (Copenhague 2009 notamment) n’avait réussi auparavant. La crédibilité de la France sur la scène internationale, qui avait profondément été remise en cause après l’intervention avortée en Syrie fin 2013 a profondément été bonifié par cette événement , la COP 21 étant associé avant tout à Paris et au gouvernement français.

On peut ainsi considérer que la France s’est, au cours des cinq dernières années renforcé sur la scène internationale et a surtout orienté sa politique étrangère vers un recours croissant au multilatéralisme, chose que Nicolas Sarkozy n’avait pas réussi durant son mandat (intervention en Libye condamné par l’Allemagne).

Si des divergences ont pu apparaître pendant le quinquennat Hollande, notamment dans le cadre de la crise des réfugiés ou de la crise de la dette Grecque, les nouveaux enjeux que travers actuellement la planète (climat, sécurité) ont été plus forts et permis de dépasser les antagonismes, notamment sur la question budgétaire. La question du déficit des 3 % et de la rigueur budgétaire qui avait été au cœur des discussion après 2008 est aujourd’hui éclipsé par l’enjeu de la lutte contre le terrorisme et de la protection des frontières, toujours dans un cadre multilatéral.

Le sommet de Bratislava en septembre 2016 a une nouvelle fois démontré cette volonté commune chez les dirigeants européens d’établir une politique de défense convergente et efficace. La France a encore joué ici un rôle majeur , aidant à l’établissement d’un projet de création d’un système européen d’autorisation et d’information concernant les voyageurs (ETIAS). Un nouveau plan de défense a également été proposé conjointement avec l’Allemagne et l’Italie par le gouvernement français.

Et maintenant ?

Profondément européiste et s’inscrivant dans la même ligne que son prédécesseur, Emmanuel Macron devrait poursuivre le travail entamé par François Hollande. La France sera notamment au cœur des négociations pour le Brexit, Michel Barnier ancien ministre de François Fillon ayant été nommé négociateur par la commission européenne du processus de sortie de l’Europe du Royaume-Uni.

A l’heure actuelle, Macron semble bien parti pour s’aligner sur la politique de la chancelière Merkel, laquelle semble particulièrement apprécier la victoire de l’ancien locataire de Bercy. La chancelière Allemande a rappelé cette semaine la nécessité d’une coopération entre les États européens, assurant lors d’un discours hier soir que l’Europe devait arrêter de compter sur une coopération avec les Etats Unis ou le Royaume-Uni, et renforcer la coopération entre les Etats membres de l’Union Européenne.

Ensemble, France et Allemagne devront trouver une solution à la crise de souveraineté que traverse actuellement l’Union Européenne, illustré par le Brexit et la montée en puissance des populistes, ce qui passera par un recours encore plus important au multilatéralisme et à une prise en compte des spécificités de chaque pays (situation économique grecque, dette espagnole).

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