Etat des lieux de la diplomatie française 2/5: Les relations Franco-Russes

Le Lundi 29 Mai 2017, le nouveau président élu, Emmanuel Macron, recevait Vladimir Poutine au château de Versailles, dans le cadre d’une visite au caractère diplomatique, dont le premier objectif aura été de faire le point sur la relation franco-russe, aujourd’hui au plus bas.

Le quinquennat de François Hollande aura tour à tout été marqué par des divergences sur la Crimée et la Syrie, créant un antagonisme profond entre les deux pays dont l’aboutissement aura été l’annulation de la visite du président Poutine à Paris en Octobre dernier.

La réélection de Vladimir Poutine, le 7 mai 2012 avait  été accompagné d’un important virage conservateur. Sa politique interne s’est considérablement étendu vers une répression des opposants (arrestation des pussy riots), Poutine faisant également en sorte d’éliminer ses opposants (Boris Elstine) afin de s’assurer un contrôle sans partage sur le Kremlin, dont le contrôle est effectué par une poignée d’oligarques acquis à sa cause (Christine Ockrent, Les Oligarques,2014). Le président Russe a également poursuivi au cours des cinq dernières années une politique d’expansion sans précédent, tentant de développer son influence en Europe de l’Est et dans le Moyen Orient.

L’occupation puis l’annexion de la Crimée le 18 mars 2014 ainsi que le déploiement militaire Russe en Syrie auront été les deux moments forts des cinq dernières années, renforçant l’antagonisme franco Russe. La France est notamment souvent associé par le Kremlin aux états Unis, plus encore depuis le virage Atlantique du président Sarkozy, poursuivi sous le quinquennat hollande. Sous son deuxième mandat, Barack Obama s’est montré intransigeant sur de nombreux sujets concernant le Kremlin, s’opposant notamment de manière quais systématique à l’annexion de la Crimée, les deux puissances se livrant presque une guerre à distance en Syrie.

Hollande a ainsi été perçu comme le « porte-parole » de la maison blanche en Europe, s’alignant sur les positions Américaines et surtout, s’immisçant dans le conflit Ukrainien avec un rôle de médiateur aux côtés de l’Allemagne.

Grand acteur du processus de Normandie après 2014, la France œuvre sans relâche depuis trois ans à mettre un terme au conflit Russo-Ukrainien, cherchant le voie diplomatique tout en prônant une grande fermeté vis à vis de Moscou.

L’illustration la plus notable de cette prise d’initiative aura été l’annulation de la vente de deux BPC de classe mistral à la Russie à la suite de l’invasion de la Crimée. La France a également soutenu
les sanctions frappant une dizaine d’entreprises russes dans les secteurs de l’énergie, la défense et la finance, qui sont interdites d’accès aux marchés de l’UE.  Le conflit en Ukraine perdure , notamment dans le Donbass où les séparatistes pro russes affrontent à nouveau les forces Ukrainiennes, le soutien de Moscou étant encore visible.

Le risque d’escalade et surtout la crainte d’une dégénération d’un conflit armé aux portes de l’Europe ont souvent remis à l’agenda européen la question Ukrainienne, dont la résolution a surtout été conduite par la France, l’Elysée menant une politique mêlant intransigeance et compromis, mais ne cédant jamais sur la question des sanctions.

La crise Syrienne et la constitution de blocs antagonistes

En 2017, le conflit Syrien, déclenché par des manifestations pacifiques contre le gouvernement Assad est devenu le point central des antagonismes géopolitiques mondiaux. La Syrie est aujourd’hui le théâtre d’une nouvelle guerre froide, chaque partie bénéficiant du soutien d’un bloc dont les contours révèlent les fractures actuelles entre les puissances.

Surtout, l’événement marquant de ce conflit aura été l’intervention Russe, invoquant l’appel de Bachar Al Assad pour lutter contre des groupes terroristes. Le Kremlin a surtout profité de cette occasion inespéré pour renforcer sa positions sur la scène internationale, notamment après avoir été humilié dans le conflit Libyen et n’avoir pu jouer aucun rôle dans les printemps arabes.                                                                   La question Syrienne a notamment fait apparaître au grand jour l’antagonisme Franco-Russe, la France s’alignant sans cesse dans les premières années du conflit sur la politique d’intransigeance Américaine. L’annonce du retrait de l’ambassade de France à damas en mars 2012 étant vu comme un premier signe de ce désengagement vis à vis du régime de Damas

En septembre 2013, malgré le fait que, l’utilisation d’armes chimiques , la ligne rouge prôné par les États Unis, Obama décide de ne finalement pas intervenir, craignant l’enlisement d’un conflit dont il ne verrait pas l’issue.

De son côté, la France était prête, François Hollande ayant déjà affrété ses forces et n’attendant que « l’autorisation » du président américain, qui finalement ne viendra jamais. Surtout, ce revirement dans le conflit Syrien aura permis à Moscou d’imposer sa ligne aux autres puissances, notamment en mettant sur la table plusieurs projets de solution de crise (contrôle international des armes chimiques en 2013).

Aujourd’hui, Moscou est parvenu à construire une base établie en Syrie, utilisant la menace terroriste comme un prétexte pour laisser Bachar El Assad en place, ce qu’a toujours contesté la France.

Le conseil de sécurité des Nations unies aura également révélé les profonds antagonismes Américano-russes, la France s’alignant quasiment toujours sur la position américaine. Nommé en 2016 à la tête du Quai d’Orsay, Jean Marc Héraut s’était notamment rendu à New York le 8 octobre 2016, appelant à une résolution pacifique du conflit et exhortant le régime de Vladimir Poutine à arrêter immédiatement tout bombardement, présentant un projet de résolution appelant à une cessation immédiate des bombardements Russes.

La réaction de François Hollande à l’issue des bombardements américains en Syrie faisant suite à l’utilisation d’armes chimiques par Damas en février dernier a également été « salué » » par le gouvernement français, démontrant la ligne toujours aussi interventionniste du gouvernement français. Emmanuel Macron a d’ailleurs réaffirmé réaffirmé hier lors de son entrevue avec Vladimir Poutine que tout utilisation d’armes chimiques ferait l’objet de « représailles immédiates » par la France.

Vers un apaisement des tensions ?

Si l’heure n’est pas encore à une réconciliation, le réalisme et le pragmatisme pourrait prendre le pas sur l’antagonisme. Parmi les principaux candidats à l’élection présidentielle française, seul Benoît Hamon prônait une ligne dure vis à vis de la Russie , les autres appelant à un dialogue devenu inévitable.

Emmanuel Macron est un partisan du dialogue avec la Russie, mais dans le cadre de l’Union Européenne, afin d’espérer apaiser les tensions, ce qui semble être aussi le cas de la Russie. Si les accusations de « piratage » et de fake news envers Emmanuel Macron risquent de peser quelques temps sur les relations entre les deux hommes (comme l’a montré hier la prise de position d’Emmanuel Macron sur le sujet ), la visite symbolique de Vladimir Poutine hier à Paris démontre d’une volonté certaine de rapprochement entre les deux pays, la situation actuelle étant plus perdant-perdant qu’autre chose.

Bien que les sanctions engagés après 2014 ont contribué pendant un certain temps à affaiblir l’économie Russe, impactant les IDE et la valeur du rouble, leur impact tend à être de plus en plus remis en question aujourd’hui.

Ces sanctions ont contribué la Russie a réorienter ses emprunts et sa consommation vers les banques chinoises, permettant à Moscou de contourner les sanctions, constituant de nouveaux acteurs économiques importants comme Miratorg ou Rusagro dans le secteur alimentaire.

L’embargo, dont les effets restent ainsi très limités coûte également au secteur agro alimentaire français une importante perte de part de marché, les produits agricoles Russes provenant de plus en plus d’autres marchés (Chine, Biélorussie, Brésil) . La part de marché française en Russie est d’ailleurs passé de 3,9 % e, 2012 à 2,3 % en 2016.

L’heure est donc à la recherche d’un compromis et un réchauffement des relations entre les deux pays, au moins concernant la question économique. La relation culturelle, encore très importante entre les deux pays pourrait faire office de moteur de rapprochement, comme l’a démontré les motivations officielles de la visite de Poutine à Paris (anniversaire de la visite de Pierre le grand en France).  On peut citer l’inauguration le 19 Octobre dernier de la grande église orthodoxe de Paris également.                               Dans le domaine de l’éducation, les échanges d’étudiants sont en augmentation tandis que le réseau des alliances françaises a vu un accroissement de ses effectifs au cours des dernières années. 

Beaucoup reste encore à faire, mais les relations Franco russes semblent plus proches de l’apaisement qu’a de nouvelles tensions, les attentats de Manchester ayant également renforcé la volonté de lutter contre l’État Islamique, terrain où officiellement, les deux pays partagent aujourd’hui une position commune

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