Etat des lieux de la diplomatie francaise (3/5): Le pivot asiatique

L’un des événements marquant du quinquennat de François Hollande restera sans aucun doute sa politique étrangère Asiatique, en rupture avec celle de ses prédécesseurs et visant à optimiser l’influence française dans cette région. Jusqu’au début des années 2000, la diplomatie française asiatique apparaissait plus comme secondaire dans l’esprit des dirigeants français, et ce malgré les tentatives du président Chirac, notamment en 1996 l’ouverture d’un dialogue Asie Europe (ASEM) en 1996, sans que cela ne porte réellement ses fruits. La part de marché français en Asie s’est effrité,passant de 2 % en 1996 à 1 % en 2012.

L’Asie est pourtant devenu un enjeu stratégique mondial et une région incontournable, notamment en terme de ressources économiques (ressources naturelles, possibilités de marchés). La présence et l’influence de la Chine dans cette région marqué ces dernières années par la réorientation de la politique étrangère de Xi Jinping (augmentation du déploiement militaire chinoise), ajoute aux enjeux économiques déjà importants, de nombreux enjeux sécuritaires.

L’article paru dans la revue « Foreign Policy » par la secrétaire d’État Clinton en 2011 illustre cette nouvelle caractéristique de la politique étrangère américaine, intitulé « pivot asiatique », qui implique pour le gouvernement américain de se focaliser essentiellement sur cette région du monde. De 2008 à 2016, la diplomatie américaine a ainsi concentré ses efforts dans le pacifique, renforcant sa présence militaire face à la menace Nord Coréenne et les volontés maritimes d’expansion Chinoises. La coopération avec de nouveaux partenaires comme le Vietnam a également illustré de cette volonté de réorientation vers un territoire aux enjeux et débouchés très importants.

Le tournant de Barack Obama a été rapidement suivi par son allié Français, le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius déclarant en 2013 lors d’un sommet de l’ASEAN que la France avait elle aussi entame un « pivot », à la fois militaire, diplomatique et économique .

La première préoccupation du gouvernement de François Hollande aura été dès 2012 de dépasser le paradigme sino centré de la diplomatie française tout en continuant à coopérer avec la Chine, et dans ce cadre, renforcer et construire des alliances dans la zone. Des visites gouvernementales (33 entre mai 2012 et novembre 2013) se sont rapidement enchaînés , en Chine, en Inde mais également dans des pays comme la Corée, le Japon, Singapour, la Malaisie. Ce pragmatisme a notamment été motivé par des raisons économiques, notamment une volonté de trouver de nouveaux marchés. Signe de cette coopération accrue, en 2016, les IDE chinois en France s’évaluaient à près de 35 milliards de dollars, soit une hausse de 77 % par rapport à l’année précédente. La coopération franco-japonaise a également été renforcé, les deux pays signant en Mars dernier un accord visant à établir une mission spatiale coordonnée à partir de 2024.

Un renforcement incontestable de la présence militaire francaise  en Asie

La diplomatie française en Asie au cours des cinq dernières années s’est surtout illustré dans le domaine militaire La France est aujourd’hui un partenaire incontournable de l’Asie dans le domaine sécuritaire, comme l’a illustré la vente à l’Australie en Juin 2016 de 40 milliards de dollars pour des sous-marins construits par DCNS.

La France fait surtout office de puissance militaire dans la zone, et en tire une légitimité par son importante contribution aux enjeux sécuritaires, notamment dans le pacifique, qui s’est renforcé sous le mandat de François Hollande. La France est pleinement intégré aux institutions de la région, en tant que membre de la communauté du pacifique, partenaire du forum des îles du Pacifique ou encore membre du Quadrilatéral Defense Coordination Group. Surtout, la France est le seul pays Européen à disposer d’une présence militaire permanente dans la région (Nouvelle Calédonie et Polynésie Française).La signature du traité d’amitié et de coopération avait déjà été signé en 2010, la France devenant le premier pays européen à y adhérer.

Disposant de près de 11 millions de km² de ZEE, la France a un intérêt stratégique en Asie puisque 62 % de ces eaux exploitables se trouvent dans le pacifique, ce qui implique de défendre des intérêts particuliers. 40 % de son commerce par conteneurs transite aujourd’hui par cette zone, tandis que ses IDE en Asie Pacifique s’évaluent à plus de 70 milliards de dollars. Les conflits maritimes, notamment en Mer de Chine ont été vu d’un mauvais œil par la France, qui a également été l’investigatrice d’un renforcement de la coopération afin de maintenir la sécurité dans la région, notamment afin de lutter contre des actes de piraterie encore fréquents, notamment dans l’Océan Indien.

Les discours de Jean Yves le Drian au « Shangri le Dialogue », forum de sécurité basé à Singapour entre 2012 et 2016 ont clairement été orientés vers cette optique : De fait, la France bénéficie d’une présence dans le pacifique unique parmi les pays Européens. La commande de porte avions par le gouvernement Australien est loin d’être une exception, et semble plutôt traduire une tendance d’un renforcement du multilatéralisme français dans la région, où Paris a participé au renforcement militaire de nombreux pays.

Selon le rapport 2016 au parlement sur les exportations d’armement de la France , entre 2010 et 2015, la part de l’Asie dans les commandes militaires faites à la France s’évalue à près de 23,5 % sur la période. L’Inde par exemple a passé commande de 36 avions Rafale à Dassault Aviation pour un montant de 8,8 milliards de dollars l’année dernière.

 

Pragmatique et partisan d’une ouverture de la France à l’international, Emmanuel Macron a affirmé à plusieurs reprises sa volonté de renforcer les liens de coopération construits par la France en Asie. Le projet Chinois de nouvelle route de la soie et le probable repli protectionniste de l’Amérique de Donald Trump pourrait également incité dans un cadre plus large les principaux membres de l’Union Européenne à effectué un « nouveau pivot Asiatique », qui s’appuierait sur un renforcement des partenariats économiques et sans les États Unis, dont les alliances construites dans la région (Philippines) semblent s’effriter. La nomination de Jean-Yves le Drian au Quai d’Orsay peut également être vu comme un signe de cette volonté du président Macron de miser sur la continuité. L’ancien ministre de la défense a été au cours des cinq dernières années le principal investigateur de la politique étrangère dans cette région, attachant un important intérêt à assurer la stabilité dans une région du monde désormais devenue incontournable pour la France.

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