Le trafic d’organes: Un commerce illégal en plein essor.

 

Le trafic d’organes, est une forme de trafic d’êtres humains qui comprend le prélèvement d’un organe ou d’un tissu humain sur des personnes vivantes ou décédés en vue d’une transplantation. Autorisé dans certains pays (Iran), il est aujourd’hui illégal dans la majorité des Etats du monde. La Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, adopté par la résolution 55/25 de l’assemblée générale est la principale législation intenrationale réffirmant l’illégalité de ce type de trafic, considéré comme une forme de trafic d’êtres humains au même titre que la prostitution. Dans sa recommandation 1611 établi en 2003, le conseil de l’Europe a également cherché à élaborer une stratégie de lutte contre le trafic d’organes, dont l’interdiction est désormais un acquis de la législation européenne, plusieurs réseaux ayant été démantelés. En 2014, le Conseil de l’Europe a poursuivi sa législation en établissant une Convention contre le trafic d’organes humains, afin de tenter d’éradiquer de fléau.

Au delà de l’aspect moral de considérer que les organes humains vitaux ne peuvent être vendus au même titre que des objets, la question du trafic d’organe implique également un enjeu sécuritaire, qui a motivé les législations en vigueur pour lutter contre ce phénomène. Comme l’a démontré à de nombreuses reprises l’OMS dans des rapports, les transplantations d’organes  clandestines sont la plupart du temps effectués dans des conditions sanitaires déplorables. Les risques de transmission de maladies (VIH) sont récurrents, tandis que les compétences des chirurgiens exerçant sur ce marché sont loin d’être assurées.

Le trafic d’organes dans le monde est aujourd’hui, malgré la législation en vigueur  un phénomène en plein essor, L’OMS recensant à plus de 10000 le nombre annuel de transplantations clandestines en 2012. Selon Jan Klesissen, directeur de la société d’information de la lutte contre la criminalité en Europe, le trafic se nourrit de la grave pénurie d’organes qui sévit aujourd’hui dans le monde, 70000 personnes attendant une greffe de rein dans l’Union Européenne. La plupart des victimes de ces trafics sont souvent issus de pays pauvres, et utilisent le trafic d’organes comme moyen de survie, les prix du marchés étant parfois très lucratif (la vente d’un rein peut rapporter jusqu’à 16000 euros). Bien que de la plupart des cas de trafics impliquent le consentement des parties, il existe de multiples situations dans lesquelles le trafic d’organes est la suite d’un enlèvement et s’effectue sans aucun consentement de la personne concerné. Des cas terrifiants de trafic d’organes ont ainsi été recensés ces dernières années. Au Mozambique par exemple , les albinos, considérés comme des créatures du diable sont enlevés pour leurs organes, revendus dans un marché noir élaboré. 

Le trafic d’organes est également utilisé dans le cadre de conflits. La traite de prisonniers en Chine faisait état de traite de prisonniers soutirés de leurs organes revendus ensuite par les autorités. Récemment, de nombreux témoignages et rapports ont révélés que Daech avait également fait du trafic d’organes l’un de ses principaux business afin de compenser se spertes économiques. En février 2015, l’ambassadeur d’Irak auprès de l’ONU, Mohammed al Hakim, accusait Daech de se livrer à du trafic d’organes sur les corps de combattants tués. Plusieurs médecins à Mossoul ayant refusé de participer à ces prélèvements illégaux ont également été assasinés. 

En Europe, l’OSCE faisait état en 2012 après plusieurs enquêtes de prélévement d’organes sur des cadavres dans le Donbass en Ukraine.  L’Europe de l’Est est régulièrement touché par ce phénomène, un rapport datant de 2011 faisant également état de crimes de guerres de ce type  au Kosovo, ou certains prisonniers étaient abattus avant que des groupes de soldats de l’UCK ne leurs prélèvent leur rein pour le revendre ensuite sur le marché noir.

En totale opposition avec le droit international humanitaire, ces pratiques de traitement des prisonniers et des morts permettent de développer ce trafic rendu beaucoup plus lucratif par les conflits militaires, où la juridiction est beaucoup moins élaboré et l’extraction d’organes plus facile à effectuer. 

Les migrants victimes de ce phénomène.

Le trafic de migrants, qui implique l’octroi de passeurs est également désormais lié au trafic d’organes, si l’on en croit les témoignages recueillis au cours des derniers mois et de l’analyse de la situation, notamment en Afrique du Nord.

Selon sa définition juridique, le trafic de migrants est surtout considéré comme un processus de transport illégal de personnes d’un pays à l’autre, souvent effectué dans des conditions sécuritaires catastrophiques et à un coût très onéreux. Les réseaux de passeurs auraient causés la mort de plus de 5000 personnes au cours de l’année 2016, renforçant la nécessité d’une lutte commune contre ces réseaux criminels, souvent vu par les migrants comme la seule voie d’entrée vers l’Europe.

Le témoignage récent de Nuredin WejrabiAtta, un passeur arrêté par les autorités Italiennes l’été dernier a également démontré une interconnexion entre les réseaux de passeurs et les trafiquants d’organes. Selon Atta , les migrants ne pouvant pas payer sont confiés à des réseaux de trafiquants d’organes, qui les tuent et revendent leur reins en Égypte pour une somme avoisinant les 15000 dollars.

Aujourd’hui, ce commerce aurait profité du chaos Libyen pour prospérer aux alentours de Tripoli, d’autant que la Libye est désormais la principale voie d’entrée vers l’Europe et abrite de nombreux réseaux de passeurs.

La collaboration des réseaux de « smugglers » (trafiquants de migrants) avec des trafiquants d’organes est massive, les réseaux de smugglers étant souvent motivé par d’autres actions lucratives (drogues, vente d’armes) et collaborent avec d’autres groupes dans le cadre d’un trafic jugé très rentable. 

D’après les estimations de la fondation Global Financial Integrity citée par le journal Repubblica, le trafic d’organerapporterais près d’1,4 milliard de dollars par an. Une fois en possession des organes, ces réseaux d’Afrique du Nord les revendent souvent vers les pays du Golfe, où ils peuvent espérer en tirer un excellent prix.

Certains migrants, venant du Sud de l’Afrique sont parfois interpellés par des groupes de « passeurs » qui parviennent à gagner leur confiance notamment par des promesses. Sous couvert de fausses visites médicales, des opération sont effectués à l’insu des migrants, durant lesquelles des organes leurs sont prélevés sans leur consentement. Pablo Calgaro, médecin milanais a fait état d’un témoignage le 11 août dernier d’un Soudanais de 42 ans qui lui aurait confié avoir été prélevé de son rein par un réseau de trafiquant, après qu’ils lui aient fait croire qu’il s’agissait d’une prise de sang.

Le vide institutionnel de la Libye actuel rend très difficile le démantèlement et l’arrestation de ces réseaux, dont certains avaient pu être arrêtés dans la région du Sinaï, grâce à un gros travail des autorités Égyptiennes. Le « coup de filet » réussi par l’Italie en 2014 ayant conduit à l’arrestation d’Atta et de 38 personnes avait permis de mettre la main sur un important réseau de trafic  de migrants.                Le trafic d’organes touche également les plus vulnérables (femmes enfants), en Afrique évidemment mais également en Europe. De nombreux migrants voyageant seuls et étant souvent des enfants en bas âge, ils sont la proie de réseaux de passeurs sans scrupules. Enlevés et soudoyés par des réseaux de trafiquants une fois leur arrivée sur le continent, de nombreux enfants se retrouvent ainsi victimes de ce traffic d’organes, En Allemagne, les autorités Allemandes pointaient en 2016 la disparition de plus de 5000 enfants réfugiés, ayant la certitude que certains se soient fait enrôlés dans des réseaux de trafiquants d’organes.

Les révélations de Atta, ainsi que les nouveaux témoignages pourraient conduire la communauté internationale à se pencher sur la question du trafic d’organes , peu médiatisé et dont la prise en charge par les juridictions reste limité. La première voie vers l’élimination de ce type de traite d’êtres humains passera par un démantèlement des réseaux de passeurs. l’agence frontex a récemment renforcé ses moyens, augmentant le nombre de navires au large des côtes Libyennes.

 

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