Etat des lieux de la diplomatie francaise (5/5): L’Afrique et le Moyen-Orient

 »  Je veux vous dire que je viens sans doute de vivre la journée la plus importante de ma vie politique. »

Cette phrase, prononcé par François Hollande après l’intervention des forces françaises au Mali dans la capitale Bamako aura illustré l’importance de l’Afrique pour la France durant le quinquennat du président Hollande. 

De part son passé de puissance coloniale, la France exerce aujourd’hui toujours une influence très importante sur le continent, dont les enjeux semblent étroitement lié à ceux de Paris. Sur les 54 pays africains aujourd’hui, 25 sont francophones, leur superficie recouvrant 44% de la surface totale du continent.  Si la France est aujourd’hui militairement présente sur tout les continents, l’Afrique reste sa principale zone d’implantation. 4 des cinq bases militaire permanentes françaises situés en terrain étranger sont situés en Afrique et près de 75% des crédits sont affectés à ce continent.

La France est aujourd’hui le seul pays au monde à pouvoir couvrir l’ensemble du continent , bénéficiant ainsi d’une assise incontournable et d’un rôle primordial dans le règlement des conflits.  Continent déserté dans les années 1990, l’Afrique est à nouveau considéré dans ce début du XXIe siècle comme un territoire stratégique, dont les enjeux économiques et politique ont également une portée transnationale et s’impactent sur tous les continents.

Le premier domaine est sans aucun doute la lutte contre le terrorisme, en plein essor aujourd’hui. Au cours des cinq dernières années, des pays comme le Nigeria, la Somalie et récemment le Mali ont du faire face à d’importantes insurrections djihadistes, rendant nécessaires un renforcement de la présence militaire occidentale sur le continent Africain.  L’opération Serval, lancé en 2013 en soutien de la MISMA (opération militaire composé de pays Africains déjà sur place) a constitué l’un des plus importants déploiements  de troupes françaises à l’étranger au cours des dernières années. Cette opération de restauration de la paix et de lutte contre les groupes djihadistes renforcé depuis la mise en place avec l’opération Serval en 2014 a été salué par de nombreux observateurs. Même si de nombreuses difficultés subsistent encore aujourd’hui, l’opération Serval a permis d’écarter un danger imminent, marqué en 2013 par une insurrection rebelle conjugué à une menace djihadiste au Nord du pays, qui menaçait directement des intérêts économiques français au Niger.

Le Livre Blanc de 2013, paru quelques mois après le déclenchement de l’opération Serval a démontré une volonté de renforcer la présence française sur le continent Africain. Une base permanente a notamment été crée en Cote d’Ivoire  (2015) et de nouveaux contrats de défense ont été signés avec le Mali (2014) puis le Burkina Faso (2015).  Les pays francophones ne sont pas les seuls à bénéficier de cette aide, qui s’étend également à plusieurs pays anglophones. Le Nigeria et l’Afrique du Sud ont ainsi signés des accords de coopération avec le gouvernement français, 10 attachés de défense français étant également aujourd’hui présent dans 10 pays anglophones.  Ce partenariat avec des pays anglophones s’est également étendu sur le plan économique, Total réalisant aujourd’hui la majorité de ses activités hors Afrique Francophone, le Nigeria l’Angola et l’Afrique du Sud étant devenus au cours des dernières années les trois premiers partenaires économiques de la France en Afrique Subsaharienne.

La France est également considéré par la plupart de nombreux pays Africains comme leur principal interlocuteur sur la scène internationale, permettant à la France d’être un intermédiaire important au sein des Nations Unies, où son siège de membre permanent lui confère un rôle incontournable. La présence limitée des États Unis et du Royaume Uni dans cette partie du monde permet également à Paris d’agir en « policier »,  intervenant de manière croissante dans la plupart de ses anciennes colonies. L’implication et la tentative de médiation récemment dans la crise politique Gabonaise illustre cette dépendance toujours existante malgré la rupture officiel des anciens  liens coloniaux. La crédibilité de la France sur le plan militaire et le succès de ses opérations, notamment en Cote d’Ivoire puis au Mali lui ont permis de renforcer au cours des dernières années son rôle, trouvant de nouveaux débouchés de contrats d’armement.  En 2015, l’Égypte a acheté au gouvernement français 24 avions rafale,  la coopération entre les deux pays se renforçant tout au long du mandat de François Hollande.

La France est ainsi omniprésente sur le continent Africain dans le domaine militaire, mais ne pèse pas de manière importante sur le plan économique.  Premier fournisseur du continent autrefois, sa part de marché est passée de 8,7% à 5,6% entre 2005 et 2015, celle de la Chine passant de 6,7% à 17,6%. L’Afrique Subsaharienne est ainsi de plus en plus délaissé et la présence Française y est concurrencée par de nouveaux acteurs comme le Maroc.  Il en est de même pour l’aide publique au développement, la France ne consacrant que 35% de son APD à l’Afrique Subsaharienne. 

Loin d’être une question de moyens, cette baisse d’influence peut être vu comme volontariste, la France ne considérant pas l’Afrique comme un partenaire économique durable au même titre que l’Asie par exemple, où la coopération économique a clairement été renforcé ses dernières années.

En Afrique du Nord, le mandat de François Hollande a également été marqué par quelques turbulences, les relations avec le Maroc  ont notamment été rendues compliqués par le renforcement de la coopération Franco-Algérienne dans la lutte contre le terrorisme, la France se retrouvant constamment  prise en tenaille entre l’Algérie et le Maroc. Les deux pays ont clairement démontrés leur antagonisme vis à vis de la France, la question . entre 201′ et 2015, la France et le Maroc ont ainsi connus une brouille diplomatique après la convocation par Paris du patron du contre espionnage Marcain accusé de torture.  

La politique étrangère actuelle française en Afrique peut ainsi être qualifié d’interventionniste, la France ayant considérablement augmenté son champ d’action dans le domaine militaire. Les opérations Serval puis Barkane et Sangaris ont permis dans un premier temps de réduire les troubles dans la région et sûrement d’éviter des situations probables de nettoyages ethniques, notamment en Centrafrique.

La stabilité de ces zones d’intervention et notamment la région du Sahel restent néanmoins aujourd’hui des interrogations. Malgré un apparent recul, de nombreux groupes terroristes perdurent dans la région, la création en mars dernier du « groupe terroriste de soutien à l’Islam et aux Musulmans » dans le Mali né de la fusion de plusieurs mouvements djihadistes venant illustrer cette tendance. Les attaques se sont intensifiés en 2015 au sud du pays, et de nombreux pans de territoires échappent aujourd’hui au gouvernement Malien. La visite d’Emmanuel Macron au Mali le 19 mai dernier démontre d une prise d e conscience du nouveau chef des armés d’une accélération de la lutte contre le terrorisme dans cette région. La coopération au sein du G5 Sahel et la demande de participation d’autres pays Européens fait partie des plans du président Macron, qui devrait rester sur une ligne interventionniste dans cette région.

Le président français prévoit également une augmentation de l’aide au développement, qui pourrait avoisiner les 0,7 % du PIB et devrait être consacré cette fois ci en grande partie au continent Africain.

Le Moyen-Orient, rendez vous manqués et perte d’influence

Si l’influence française en Afrique est indéniable, il n’en est pas de même au Moyen Orient, où, malgré la prolifération de dossiers d’enjeux internationaux (crise Syrienne, conflit israélo palestinien, accord nucléaire Iran), ses positions sont encore soustraites aux États Unis. Même si la première volonté de Barack Obama dès 2008 avait été de retirer les troupes Américaines d’Irak et d’Afghanistan, la situation dans la région (avènement de Daech) a progressivement contraint le président Américain de changer de cap et de reconsidérer le Moyen Orient comme une de ses priorités , renforçant considérablement la présence Américaine dans la zone.

Bien que la France a joué un rôle très important dans certains dossiers comme l’accord nucléaire Iranien, elle n’a pas en revanche été en mesure d’imposer sa ligne en Syrie comme elle avait pu le faire au Mali par exemple, démontrant une influence beaucoup moins forte sur ce continent. Tout au long de son mandat, François Hollande s’est soustrait à Barack Obama, jouant un rôle secondaire malgré une volonté clairement interventionniste (François Hollande était partisan d’une intervention contre Assad). Surtout, l’intervention de Poutine dans le dossier Syrien après 2013 et la prolifération des acteurs de la zone dans ce conflit a rendu très difficile pour la France d’augmenter son influence, la lutte contre le terrorisme s’effectuant surtout par le biais des États Unis.

Le regret de beaucoup d’observateurs aujourd’hui est ainsi liée à l’absence d’un « cap » francais dans cette région du monde. Pour Agnès Levallois, consultante et spécialiste du Moyen Orient, la politique étrangère française au Moyen orient est très opportuniste, et varie également selon les contextes. De peur de se défaire de l’alliance de Washington, la France a par exemple eu au cours des dernières années une position très ambigu sur la question de la Palestine.

La vraie complexité de la région réside néanmoins dans les animosités religieuses, plus fortes que jamais en 2017, et qui sont à la base de tout les conflits de la zone. Une alliance durable avec tous les pays est ainsi impossible s’en s’attirer les foudres d’un autre État. L’exemple le plus marquant concerne la relation Iran-Arabie Saoudite marqué par l’antagonisme Sunnisme-Chiisme, la position intransigeante de la France envers Téhéran, notamment dans la question de l’accord Iranien sur le nucléaire lui ayant permis de nouer des liens importants avec l’Arabie Saoudite. La légion d’honneur accordé au fils du roi Saoudien Salma en Mars 2016 a été le signe d’une relation très important entre les deux pays, qui s’est traduite par des contrats d’armement accordés au régime Saoudien dans sa lutte contre les Houtites rebelles au Yémen (455 millions d’euros de contrat d’armement). Ces alliances sont fragiles et impliquent de choisir son camp. La position ambigu du côté de la Palestine a été grandement motivé par une volonté de ne pas provoquer d’antagonismes avec Israël, soutenu par les États Unis.

La politique de rupture du général de Gaulle, qui avait condamné après 1967 la Guerre des Six Jours et soutenu la Palestine n’a pas été la ligne suivie par le gouvernement Hollande, qui a tout fait au long de son mandat pour améliorer les relations avec le pays Hébreu, ne se prononçant pas sur la Palestine et interdisant le boycott des produits Israéliens en France. Dans la continuité de son prédécesseur, Emmanuel Macron devrait poursuivre l’alliance avec Israël et l’Arabie Saoudite, le nouveau président ayant déjà annoncé qu’il ne reconnaîtrait pas l’indépendance de la Palestine.

Emmanuel Macron trace néanmoins sa propre ligne sur la question Syrienne, le président français étant un fervent partisan d’un renforcement de la coalition internationale, dont le champ d’action s’étendrait au gouvernement Syrien. Surtout, et comme l’a rappelé Macron à Poutine la semaine dernière, toute utilisation d’armes chimiques par Assad ferait l’objet immédiat de représailles par le gouvernement français. Une nouvelle « ligne rouge » donc, rendue désormais possible par l’intervention militaire Américaine en Syrie en Mars dernier, qui a probablement ouvert la voie à une possible intervention, dont les limites résident encore dans sa légalité du point de vue du droit international. Un Veto russe devrait être systématique au CS de l’ONU, rendant impossible une intervention militaire sous couvert des Nations Unies, malgré la position minoritaire de la Russie sur ce sujet.

 

 

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