Soudan du Sud: Une guerre sans fin

 En Juillet 2011, après la tenue d’un référendum, le Soudan du Sud proclamait son indépendance, devenant quelques mois plus tard le 193e Etat membre des Nations Unies. Malgré des débuts prometteurs avec notamment la tenue d’élections démocratiques, le conflit s’est rapidement enlisé, faisant du Soudan du Sud l’un des pays les plus dangereux du monde , dans lequel règne une insécurité permanente qui s’étend désormais à l’intégralité du territoire.

L’indépendance du Soudan du Sud en 2011 résulte avant tout d’une volonté de mettre fin à la guerre civile Soudanaise, qui duraient depuis le début des années 1990. Opposant un Nord à majorité Musulman détenteur du pouvoir légal à un Sud à majorité Chrétienne, le conflit avait causé à sa fin en 2010 la mort de plus de 500000 personnes .  Les efforts des Nations Unies et des deux parties avaient pu aboutir sur un accord durable, permettant au Soudan du Sud d’exercer son autodétermination et souveraineté territoriale.  Le manque de fondations démocratiques solides, l’incapacité de ce néo gouvernement d’obtenir une légitimité suffisante et les luttes internes au pouvoir ont finalement conduit le Soudan du Sud dans une impasse, deux ans seulement après son indépendance officielle.

La guerre civile Sud Soudanaise dure maintenant depuis près de 4  ans et le début des hostilités entre les membres d’un côté des forces gouvernementales et de l’autre l’opposition politique mené par l’ancien vice président Riek Machar.  Dès son arrivée au pouvoir en 2011, Salva Kiir, le président du Soudan du Sud a mené une politique qualifié de dictatoriale par ses opposants, évinçant plusieurs membres de son propre cabinet, sous fond de rivalités ethniques et divergences politiques. Vice président depuis 2011 et homme fort du gouvernement, Riek Machar a ainsi peu à peu perdu de ses prérogatives, se voyant par exemple retiré la plupart de ses fonctions ministérielles au cours d el’année.

La rivalité entre les deux hommes et leurs partisans, sous fond de rivalités politiques est également motivés par des considérations ethniques, symbolisé par l’appartenance de Riek Machar à la minorité Nue.  Dès Juillet 2013, Taban Deng Gai, gouverneur Nue élu de l’Etat d’Unity avait été démis de ses fonctions par Salva Kiir. sa grande proximité avec Riek Machar  a également été cité comme une raison de cette éviction.

Profitant de l’antagonisme croissant envers le président et du fort soutien qui lui est octroyé à partir de 2013, Machar s’est rapidement engagé dans une lutte interne contre l’autorité de Kiir, annoncant dès 2013 sa volonté de se présenter aux prochaines élections contre Machar, de plus en plus considéré comme un dictateur sans légitimité propre par la plupart de ses opposants.  Le 15 Décembre 2013, des combats entre les deux parties éclatent dans la capitale.  Les partisans de Machar sont accusés par le président Kiir d’avoir fomenté un coup d’Etat.

Cette série d’événements est la cause directe de la situation catastrophique que traverse actuellement le pays.  La guerre opposant au départ les Dinka de Salva Kiir aux Nuer de Riek Machar implique désormais de nombreux groupes ethniques, ravivant des conflits interethniques qui sévissaient déjà avant l’indépendance du pays.  Le conflit entre les « lou Nuer » et les Murle », deux tribus antagonistes s’est ainsi ravivé, des affrontements étant recensés en Mai 2016. Malgré les nombreux cessez le feu et appels au calme des deux parties, le dernier en date de la part du président Kiir, les combats se poursuivent,  les Nations Unies alertant régulièrement sur les possibilités pour cette guerre civile de se transformer en nettoyage ethnique.

La situation est d’autant plus difficile que le pays apparaît aujourd’hui déserté, le risque sécuritaire pour les ONG étant devenu trop important pour la tenue de missions sur le terrain.  Selon le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’Onu, Au moins 82 travailleurs humanitaires ont été tués au Soudan du Sud depuis décembre 2013, dont 14 en 2017.  Les deux parties sont très réticentes à laisser de l’aide humanitaire sur le terrain et laissent peu de place pour l’action des casques bleus dans le pays,  dont le bilan au cours des premières années du conflit a été jugé « catastrophique ».  Début octobre, l’ONG américaine Civic (Center for Civilians in Conflict) dénonçait par exemple m’absence de troupes onusiennes en dehors des sites de « protection des civils » , laissant vulnérables des personnels d’ONG, victimes d’exactions (viols, meurtres) de la part des forces armées dans la zone.

La Guerre civile Sud Soudanaise illustre la tendance des « nouvelles guerres », dans la continuité de la plupart des conflits infraétatiques Africains qui impliquent des affrontements entre troupes pro et anti gouvernementales sous fond de considération ethnkiques impliquant dans une large mesure des civils malgré la présence sur le terrain des Nations Unies, dont les moyens engagés (annonce de 4000 casques bleus supplémentaires en 2016) sont loin de répondre aux attentes.  Des millions de personnes ont été jeté  hors de chez ­elles,leurs récoltes détruites , leurs maisons ravagés. Les exactions envers les populations civiles ont notamment été dénoncés par plusieurs rapports des Nations Unies. Le 19 mai denrier , un rapport faisait état d’importants violations des droits dE L’homme au Soudan du Sud, rapportant la mort de 114 civils entre Juillet 2016 et Janvier 2017 dans la ville de Yei.  Si les partisans de Riek Machar sont également coupables de multiples exactions, le rapport de l’ONU accusait ici directement les forces du président Kiiir, qui malgré la négation de toute implication ont intensifiés au cours des derniers mois leur lutte contre les « rebelles » dans le Sud du pays après la fuite de Macharis vers le Congo.

Le 20 février 2017, le FAO, l’UNICEF et le PAM ont officiellement annoncé une situation  de  famine,  4,9 millions de personnes sont en février 2017 considérés sujettes à une insécurité alimentaire et la situation pourrait bien empirer. Jusqu’ici, la faim touchait surtout les personnes les plus fragiles. Désormais, les classes moyennes urbaine sont également victimes de cette pénurie de nourriture, l’inflation atteignant près de 600 % dans le pays. Pour les Nations Unies, les origines de cette famine ne sont en aucun cas dus à un manque de ressources ou une pénurie alimentaire mais d’une gestion calamiteuse de l’économie par le gouvernement, accusé de consacrer la majorité des dépenses publiques à des achats d’armes, ne faisant qu’empirer la guerre.

Un rapport récent de l’ONG fondé par Georges Clooney « La sentinelle » dénonce l’utilisation du conflit par Kiir et Macharis à des fins personnelles. les deux hommes seraient engagés dans une logiques d’enrichissement, utilisant le conflit pour controler la majorité des ressources du pays. ce rapport émet également l’éventualité que les  conflits ethniques seraient utilisés par les deux hommes pour tenter d’accroître leur emprise sur la production pétrolière qui fournit près de 90% des ressources du pays.

Le conflit Sud Soudanais est avant tout une guerre de pouvoir et d’individus prêt à tout pour accroître leur pouvoir. Exemple type de « Failed State », le Soudan du Sud est aujourd’hui livré à lui même. L’absence d’administration de pouvoir politique et la pratique supposée massive de corruption par les dirigeants accroît Dans ces conditions, une cohabitation et un retour au calme apparaît hautement improbable. La nomination de Machar à la vice présidence en 2016 avait pu apparaitre comme un signe de rapprochement, finalement avorté après la démission de Machar, craignant pour sa sécurité. Soucieux de sortir son pays de l’impasse, Salva Kiir a annoncé le 2″ Mai dernier run cessez le feu , mis en place de manière unilatérale et dont les conditions (absence de Riek Machar aux pourparlers ) apparaît hautement improbable. En avril, les Nations unies avaient déjà dénoncé le « non-respect flagrant » d’une autre promesse de cessez-le-feu unilatéral que le président Kiir. avait fait en Mars.

L’impasse semble être à son paroxysme pour la population, dans un pays ou l’espérance de vie est de seulement 55 ans et qui présente le plus bas taux d’alphabétisation au monde. La situation aujourd’hui est tellement catastrophique que personne n’est en mesure de compter le nombre de victimes (300000 selon certaines ONG). L’horreur du conflit atteint des seuils rappelant les guerres civiles Rwandaises ou la situation au darfour, ne laissant entrevoir aucune issue possible. La distinction entre civils, forces d emaintien de la paix et combattants est inexistante,  la dangerosité de la zone rendant très difficile tout travail humanitaire sur place.  L’exode des populations atteint également des niveaux critiques, démontrant les conséquences encore une fois de ce conflit sur les populations civiles. Dans la région du Waat, plus de 900 000 Soudanais du Sud  menacés par les forces gouvernementales ont déjà passé la rivière qui les sépare de l’Ethiopie. Au total, ils sont près de 2 millions à fuir la guerre.

Le fait que le Soudan du Sud soit situé au coeur d’une région très complexe peut également amener à s’inquiéter sur les possibilités d’une escalade du conflit qui impliquerait d’autres pays.  L’Ouganda, soutien du gouvernement de Salva Kjir a ainsi une position totalement divergente de celle de l’Ethiopie, plus proche des troupes rebelles de Machar. Les soutiens restent pour le moment relatifs mais la fragilité et l’imprévisibilité de cet ensemble régional peut amener à se questionner sur l’avenir d’un conflit, dont l’issue aujourd’hui apparait plus incertaine que jamais.

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