La Somalie, un Etat encore en construction

179e espérance de vie en 2013,  pays le plus touché par la corruption, la Somalie est l’exemple type de ce que James Rosenau appelait les « États Faillis » : Un territoire dont l’administration laisse à désirer et incapable d’exercer en autonomie sa souveraineté. Les enjeux sécuritaires et la position stratégique de ce pays rendent indispensable la résolution d’une situation qui a empiré au cours de l’année écoulé.

La Somalie avait défrayé la chronique en 1992, avec l’intervention des Nations Unies Restore Hope, dont l’issue catastrophique pur les forces américaines avaient contraints les Nations Unies à délaisser ce pays, livré à lui même et divisé entre des « seigneurs de guerre », qui imposent depuis la chute de Siyad Barre leur autorité sur de parcelles de territoire.

La déliquescence de l’État central avait notamment permis à de nombreux États d’augmenter leur influence dans le pays en soutenant divers factions rebelles.  Djibouti, l’Érythrée et les pays arabes soutenaient par exemple le gouvernement fédéral de transition tandis que L’Éthiopie a soutenu politiquement le Somaliland , opposé au gouvernement de transition.

Depuis 2012, la Somalie est doté d’une constitution et d’un gouvernement élu, censés octroyer une légitimité au pouvoir central, qui peine cinq ans après l’instauration de cette constitution à affirmer son autorité sur l’ensemble du pays. La « démocratie Somalienne présente notamment des spécificités qui démontrent l’existence d’une caste politique, la pratique de la corruption étant également monnaie courante malgré les volontés du nouveau président

En effet, La Somalie est le pays le plus corrompu du monde, selon l’ONG Transparency International. Le gouvernement sortant est accusé d’avoir détourné à son profit une partie des aides internationales destinés à la Somalie.

Les élections de 2016 ont révélé cette corruption endémique, l’ONG Somalienne Marquatti faisant état d’un nombre très important de pots de vin, certains candidats ayant été obligé de débourser plusieurs millions de dollars pour s’assurer de l’obtention d’un siège. Le complexe système claniques qui régit es élections dans ce pays limite considérablement le nombre de votants (14000) et laisse libre cours aux luttes d’influences entre plusieurs clans, le pouvoir devenant personnifié et laissé à des hommes politiques peu expérimentés simplement attirés par un maximisation de leur intérêt personnel.

L’heure est à l’urgence désormais pour le nouveau président. Élu mercredi 8 février 2017, Mohamed Abdallah Farmajo   a voulu apparaître comme un symbole de renouveau, promettant l’institution d’une paix durable et d’une lutte sans relâche contre la corruption et les groupes terroristes armés qui menacent le pays. Son élection a été accompagné par des scènes inédites de liesses et de joie chez la population, jamais vues depuis l’indépendance du pays en 1960.

Les défis du président sont multiples et commenceront déjà par la constitution d’un État durable et l’affirmation d’un pouvoir central qui, malgré l’existence d’une constitution reste pour le moment très relatif.

Sur le terrain, les divisions de 1991 restent apparentes avec notamment l’effectivité de la sécession de la Somaliland, territoire de facto autonome sur lequel la capitale Mogadisho n’exerce aucune souveraineté et qui, malgré le refus des Nations Unies de le reconnaître en tant qu’État continue de s’administrer en opposition au pouvoir central. De facto, le gouvernement Somalien ne contrôle qu’une petite portion du territoire situé au Sud du pays, laissant également le Puntland s’administrer de manière autonome même si celui ci ne revendique pas une sécession.

La Somalie est aujourd’hui livré à elle même, les civils étant touché par une famine tandis que les conflits et la résurgence des groupes terroristes amènent à reconsidérer l’enjeu sécuritaire.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime aujourd’hui que plus de 6,2 millions de Somaliens – la moitié de la population – ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence. Près de trois millions souffrent de la faim. Plus de 35.400 enfants souffrant de malnutrition sévère ont été traités dans des centaines de centres nutritionnels entre janvier et février. Sur place, plus de 20000 cas de choléra ont également été recensés depuis le début de l’année.

Les Nations Unies réclament aujourd’hui près de 4,4 milliards de dollars à la communauté internationale pour lutter contre cette crise humanitaire, causé par des motifs climatiques et une administration défaillante qui laisse un grande partie de la population, notamment rurale complètement livré à elle même.

Le but aujourd’hui est d’éviter le spectre de la famine de 2011, qui, dans des conditions dramatiques avait causé la mort de plus de 250000 personnes en Somalie.

Dans le domaine sécuritaire, si les velléités indépendantistes et la lutte entre « warlords » se sont apaisé depuis 1992, la majeure préoccupation réside aujourd’hui dans la lutte contre Al Shabab, organisation terroriste lié à Al Quaida qui sévi dans tout le Sud du pays et possède quelques bases arrières dans le Nord Est du pays. Les motivations expansionnistes du groupes terroriste s’illustrent sur le terrain par de nombreux attentats dans les zones urbaines ainsi qu’un contrôle de zones rurales. Des massacre de civils ou des cas d’esclavage sexuel perpétrés par le groupe terroriste ont ainsi été recensés ces dernières semaines, le groupe bénéficiant également parfois du soutien des populations rurales du fait de l’absence de gouvernement et la situation souvent critiques des zones rurales.

 

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 Le 8 mai dernier, une voiture piégée explosait centre de Mogadiscio tuant six personnes. La capitale a régulièrement été la cible ces derniers mois d’attaques terroristes ciblés menées par Al Shabab, qui a démontré depuis son retour sur le devant de la scène après 2015 d’importants moyens d’actions nécessitant un accroissement des forces militaires.

Soutien indispensable du gouvernement Somalien, les troupes de l’Union Africaine (AMISOM) déploient aujourd’hui plus de 22000 soldats , le gouvernement Somalien étant dans l’incapacité de lutter par ses propres moyens contre la menace Al Shabab.

On craint en Somalie la résurgence d’une situation similaire à l’Irak et la Syrie, où le chaos, l’insécurité et l’absence d’administration avaient permis l’émergence de l’État Islamique, qui contrôlait en 2014 plus de la moitié du territoire Irakien.

Al Shabab ambitionne également d’utiliser la Somalie comme base arrière d’une action internationale qui a déjà porté ces fruits. Les attentats d e Nairobi en 2013 et celui contre l’université de Garissa au Kenya (152 morts) avaient été lancés depuis la Somalie, ce qui rend indispensable le renforcement d’une coopération internationale qui pour le moment peine à démontrer toute son efficacité.

On craint également que l’État Islamique, en quête de nouveaux territoires utilise la Somalie comme un de ses nouveaux territoires d’implantation. En Octobre 2016, des combattants portant la marque de Daech avaient pu s’implanter brièvement dans le Puntland, prenant brièvement le contrôle de la petite ville du Quandala.

Malgré ces incertitudes, les Nations Unies laissent entrevoir quelques motifs d’espoirs pour le pays.  La conférence de Londres sur la Somalie tenue le 11 Mai dernier et organisé pour aider l’actuel gouvernement Somalien s’était terminé de manière concluante, la Somalie pouvant espérer attirer un plus grand nombre d’investisseurs à l’avenir.

Selon M Zenenga qui présentait en Mai dernier le rapport du secrétariat général de l’ONU  « la Somalie a une opportunité unique de construire un État fonctionnel dans les quatre années à venir » . Selon ce rapport, la Somalie devra « établir des forces de police et de sécurité à même de protéger la population et commencer à relayer l’AMISOM ; promouvoir la reprise économique ; prendre des mesures adéquates pour mieux gérer les fonds publics ; finaliser la révision de la Constitution et renforcer le système fédéral ; encourager la réconciliation et résoudre les conflits locaux de longue date »

Le rapport salue également la gestion efficace du gouvernement des enjeux sécuritaires que traversent le pays, avec notamment la constitution d’un accord historique entre forces fédérales et nationales, tandis que le pacte de sécurité signé à Londres implique désormais 42 pays qui continueront à aider au cours des prochaines années le pays à lutter contre les milices Islamiques, qui restent la principale menace.

 

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